Comprendre Troyes
On vient à Troyes pour les magasins d'usine. On en repart rarement en sachant qu'ils sont le dernier chapitre d'une histoire vieille de deux siècles, et que cette histoire a dessiné les rues qu'on a traversées.
Lecture 5 minutes
La première chose à comprendre, c'est que Troyes n'a pas commencé par l'industrie. Au Moyen Âge, la ville vit des foires de Champagne. Pendant deux siècles, marchands italiens, flamands et d'ailleurs s'y retrouvent, et une bonne partie du commerce européen passe par là. Cette ville-là a laissé un plan, un centre dont la forme évoque un bouchon de champagne, et une habitude : fabriquer pour vendre ailleurs.
L'incendie de 1524 rase une grande partie du centre. Ce que l'on admire aujourd'hui, ces façades à colombages serrées les unes contre les autres, c'est la reconstruction d'après : une ville bâtie vite, en bois et en craie, sur les fondations de la précédente.
Le basculement se joue au XIXe siècle. Le métier à tricoter mécanique arrive, et Troyes s'en empare. Les fabriques se multiplient, d'abord dans les cours et les arrière-boutiques du centre, puis, faute de place, hors les murs, dans les faubourgs. Bas, chaussettes, sous-vêtements, maillots : pendant plus d'un siècle, une part considérable de ce que les Français portent sous leurs vêtements sort d'ici.
Cette industrie ne se contente pas de produire. Elle loge ses ouvriers, construit des écoles, ouvre des dispensaires. Elle façonne des quartiers entiers dont on traverse encore les rues sans y penser : l'alignement des maisons basses, la largeur des voies, la présence incongrue d'un grand bâtiment de brique au milieu de l'habitat.
Une industrie qui meurt n'efface pas la ville qu'elle a construite. Elle la laisse sur place, à lire.
À partir des années 1970, la concurrence internationale fait ce qu'elle fait partout : les usines ferment, les emplois disparaissent, les bâtiments restent. Ce qui se passe ensuite est plus singulier. Plutôt que de laisser partir invendus et fins de série, des fabricants se mettent à les vendre directement, sur place, au pied des ateliers.
De ce bricolage naît un modèle commercial entier : le magasin d'usine. C'est à Troyes qu'il prend forme en France, et c'est toujours pour cela que des visiteurs viennent, aujourd'hui, en autocar. Le circuit le plus fréquenté de la ville est donc, sans que grand-monde le formule ainsi, un vestige industriel.
Une fois qu'on sait ce qu'on cherche, la ville change. Les façades de brique ne sont plus des façades de brique. Les ruelles n'ont plus la même largeur par hasard. Et les magasins d'usine cessent d'être une curiosité commerciale pour devenir la fin d'une histoire.
Nos deux appartements sont à Troyes, à pied de tout ce dont il est question ici. Réservation directe, sans commission de plateforme.
Voir les disponibilités